J’ai eu la chance, à l’automne 2015 de rencontrer le metteur en scène Richard Martin et de nourrir quelques rêves avec lui… Rêves d’une création commune autour de Carmen, opéra qui se jouerait au Dôme de Marseille au printemps suivant, et dont il m’a confié la scénographie -libre à moi d’imaginer le décor, sans aucune contrainte artistique et de motiver une équipe. Je sentais depuis quelques temps déjà le besoin impérieux de renouveler mon regard et c’est donc l’esprit libre que je me suis engagée dans cette aventure, bien entourée de Mathieu Carvin et Patrick Andruet.
Je savais que ce projet serait intensif, qu’il faudrait produire vite, ouvrir toutes les vannes de l’inspiration, savoir réagir, composer avec les contraintes, rebondir et communiquer, mais je ne m’attendais pas à ce que cette aventure artistique autant qu’humaine soit si libératrice, ni qu’elle fasse converger avec tant d'évidence toutes mes sources d'inspirations…

 

PREMIER ACTE

INTRODUCTION


...Où Don José, Mikaëla, Carmen, cigarières et gendarmes entrent en scène. Le Carmen mis en scène par Richard Martin et dont Jacques Chalmeau assure la direction musicale est présenté dans sa version originale, qui n’avait plus été jouée depuis sa création en 1875Prosper Mérimée situe l’action sur une place qui jouxte la Manufacture Royale de tabac à Séville, Richard Martin plante le décor à Marseille, aux Friches très populaires de la Belle de Mai où se tient régulièrement le marché du même nom.

ESQUISSE


Outre le positionnement des principaux éléments de décor: côté jardin, les façades de la Seita (ancienne manufacture de tabac marseillaise), côté cour une gendarmerie de quartier, cette esquisse introduit l’idée de prolonger l’espace scénique par une grande place en perspective se poursuivant jusqu’aux silhouettes de bâtiments industriels. Même si ce décor n’est destiné qu’à être projeté, nous l’imaginions dés le départ comme un élément dynamique de la mise en scène, un dessin-animé capable de prolonger, souligner, ou s’effacer derrière le jeu des acteurs.

DECOR


L'espace

Le décor de l’acte I s’adapte au mur qui fait face aux gradins, le parti pris étant de projeter directement sur cette surface inégalement noire, en utilisant l’espace maximum de 18 x 35 mètres, et de laisser « chanter » les lignes du dessin, contrastées au maximum.

Côté cour et jardin, les portes qui donnent accès aux parties privatives du Dôme sont intégrées au décor comme accès aux coulisses. Une partie de l’image est prévue pour être projetée au sol et confondre ainsi au maximum l’espace de jeu réel et celui fictif qui se profilera sur le mur.

 

Le temps

Tout au long de l’acte I, le décor évolue en fonction de l’oeuvre littéraire qui commence le jour et s’achève à la tombée de la nuit, tout en s’émaillant de quelques évènements dramatiques, mais aussi et surtout selon les intentions de mise en scène qui tantôt mixent l’image et le réel, tantôt prolongent l’oeuvre originale d’un regard critique sur la société et l’actualité…

Ainsi deux récits se combinent dés l’ouverture: tandis que le marché de la Belle Mai s’anime sur scène, un groupe d’enfants fait son entrée l’écran » et s’installe devant un théâtre de guignol. Un camion militaire traverse la place projetée, le même camion fait son entrée sur scène escorté par une myriade d’enfants sur le Choeur des Gamins.

Une fois réel et fictif ainsi mêlés, le metteur en scène Richard Martin (inspiré du coryphée de l’antiquité) commence son oeuvre de radiologue d’une société qu’il ne cessera de dénoncer en prenant sur scène, des photos « réelles » qui apparaissent en grand format sur le mur: les cigarières sortent de la manufacture et allument leurs cigarettes («C’est fumée» chantent-elles tandis que le masque de la mort se profile derrière elles….); Elles font une pause, harassées ( l’Affiche Rouge apparaît en contrepoint sur le mur comme dénonciation des droits du travail).

Les masques du peintre Ensor servant aux marionnettes du théâtre de guignol sont les caricatures d’une humanité de carnaval.

… Quelques enfants sur la place du marché jouent à mimer les gendarmes (et l’on pense à notre actualité société où tant d’enfants sont des soldats)…

Le ressors dramatique de cet acte tient en grande partie sur le chant de Mikaëla, doublé par son rêve qui se déploie en grand format. Puis, toujours dans l’image projetée, la nuit tombe doucement, les fenêtres s’illuminent progressivement.

 

 

 

 

 

 

Certaines s’éteindront plus tard pour laisser place à l’Auberge de Lillas Pastia qui introduit l’acte II.

Animations

Mathieu Carvin, Eric Montardy (Rêve de Mikaëla)

1 Ouverture

2 La fumée

3 Le rêve de Mikaëla

4 Tombée de la nuit

5 L’auberge de Lillas Pastia

 

TABLEAUX FINAUX


 

 

ACTE II


INTRODUCTION


...L’acte II se déroule de nuit, dans l’auberge de Lillas Pastia. Du texte original découle deux ambiances: l’une vivante et bruyante où les femmes dansent sur les tables, l’autre plus confidentielle où les contrebandiers se réunissent en secret. Pour le metteur en scène l’essentiel réside dans l’ambiance de fête où les chanteurs-acteurs sont comme des bulles de vie autour desquels la lumière bouillonne.

ESQUISSE


L’esquisse installe les deux espaces décrits dans le texte, qui s’ils sont finalement conservés ne tireront leur justification que des répétitions et de la mise en scène qui nous inspirera la suite…

DECOR


L'Espace

Comme dans l’acte I, les portes dessinées correspondent à des portes réelles tandis que le damier projeté au sol permet d’élargir l’espace au sol. Très sobre, ce décor légèrement surdimensionné s’efface discrètement derrière la mise en scène, qu’il servira en temps voulu.

Le Temps

L’acte II est rythmé par la vie intérieure: scènes conviviales, intimes, effusions et danses, conciliabules… Après l’installation du décor, celui-ci évolue lentement comme mû par de grandes machineries. Une retraite aux flambeaux se profile derrière les fenêtres, Escamillo entre sur scène et l’ambiance dans l’auberge monte d’un cran. Lorsqu’elle est à son paroxysme et que « les tringles des Cistes tintent», le dessin danse lui aussi au rythme du flamenco.

 

Animations

Mathieu Carvin, Patrick Andruet (Les cystes tremblent)
1 Apparition du décor
2 Les cistes tremblent
3 Transition

 

 

ACTE III

INTRODUCTION


…L’acte III est le plus délicat et magique à imaginer. Délicat, parce qu’il mêle à la fois le mystère, le danger, le destin de Carmen; magique parce qu’il se joue à la lueur des flammes d’un campement, met en scène des rayons de lune et transforme chaque trait en lumières nocturnes.

ESQUISSE


Plusieurs esquisses ont été nécessaires pour que finalement nous puissions choisir. Il fallait à la fois trouver le lieu d’un campement, imaginer un chemin de contrebande, ouvrir le paysage sur une montagne tout en espérant situer l’action à Marseille.

Aucune de ces esquisses n’a été finalement retenue! Compte tenu du fait que le décor naturel des calanques marseillaises offrait tout ce dont nous avions besoin, c’est au Cap Croisette que j’ai trouvé le nécessaire pour l’acte III: des paysages déchiquetés pouvant devenir lugubres à la lueur de la lune, des pins pour abriter un campement, le profil des îles et de Marseille au loin… Ce qu’il fallait pour imaginer un mouvement de camera nous permettant d’arriver jusqu’au bord de l’eau.

DECOR


L'Espace

 L’acte III s’ouvre sur une nuit étoilée, qui scintille puis s’étire en nuages de vaporeux qui lèchent la scène. Côté cour et jardin, les portes sont masquées par le campement gitan puis par de grands rochers pyramidaux.

Cette fois-ci l’image ne se prolonge pas sur scène, et évolue selon l’éclairage dans des tons roses, dorés et bleus. A la fin de l’acte, la caméra descend jusqu’au bord de mer, où l’on aperçoit le bateau des contrebandiers qui s’éloigne… Pour finir, ce bateau servira au metteur en scène pour évoquer les migrants de notre actualité.

Le temps

Le film exprime les à côtés non explicites de l’histoire et développe la poésie en grand format: des phares apparaissent au loin, serpentent sur une route jusqu’au premier plan: ce sont les contrebandiers qui arrivent depuis l’image jusque sur scène où ils garent l’engin chargé de cigarettes volées. Tandis que la vie du camp s’organise, Carmen tire la mort dans son jeu de tarot: représentée symboliquement par l’envol d’un nuage de papillons jaunes -poétiques, éphémères, lumineux comme les étincelles du feu de camp, il se développe tout le long du mur jusque sur la structure du Dôme.

Animations

Mathieu Carvin, Patrick Andruet
1 Des phares dans la nuit
2 Apparition du décor
3 L’envol des papillons
3 Transition

TABLEAU FINAL


 

 

ACTE IV

INTRODUCTION


« Viva la muerte! »: phrase clef du dernier acte. Tout se dénoue, dans l’oeuvre originale comme dans la mise en scène de Richard Martin, où chaque élément trouve sa juste place: les masques d’Ensor, le « peuple » et les enfants, la mesure à l’antique et la démesure des jeux du cirque, un regard sur la mort, la vie, la société…

Le décor qui aurait pu être classique devient ici une image fantasmée qui découle des flammes. Tout brûle, lumières et couleurs devient vibrantes, l’idée étant ici de passer du noir et blanc du premier acte aux saturations colorées du final. 

ESQUISSE


Puisque chacune de ces esquisses correspondait à l’image de Colysée qui servait la mise en scène, sans que nous ne puissions nous décider explicitement pour un point de vue particulier, j’ai choisi de rassembler ces images en un seul mouvement et de toutes les exprimer.

DECOR


L'espace et le temps

De l’arène jusqu’à son parvis… L’espace est clairement identifié, les lignes géométriques des actes précédents deviennent ici souples et sinueuses. Le feu, « allumé » sur le mur pendant le prélude musical à la fin du troisième acte donne naissance aux arènes, et continue de brûler  l’intérieur des arcades jusqu’au final.

Animations

Mathieu Carvin, Patrick Andruet
1 Les flammes
2 Apparition du décor
3 La mort de Carmen
4 Final

TABLEAU FINAL


 

 

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